Avoir 20 ans en 2015
«Apprends à lire, apprends à écrire, apprends à compter, apprends à parler. Apprends à penser»
Incendies de Wajdi Mouawad, ed Actes-Sud
Avoir 20 ans en 2015
Wajdi Mouawad
Dans le cadre de Mons 2015, capitale européenne de la culture, Wajdi Mouawad mettra en scène l’intégrale des sept pièces de Sophocle. Ce projet donnera lieu à trois spectacles créés successivement entre 2011 et 2015.
Venus de Mons, Namur, Nantes, La Réunion et Montréal, cinq groupes d’une dizaine de jeunes qui auront vingt ans en 2015 accompagneront l’ensemble de ce travail.
Ces jeunes passeront de l’enfance à l’âge adulte au contact de Sophocle. Comment cette pensée, socle de notre civilisation est-elle encore vivante pour ces très jeunes gens ? Quelle sera leur influence sur le processus de création ? Ils seront comme de grands témoins. Non pas un conseil de sages, mais dans nos sociétés vieillissantes qui peine tant à les entendre, un conseil de jeunes citoyens.
Le groupe de Montréal : Natasha Beaudin Pearson, Vladimir Belova, Nadjib Bouazouni, Éléonore Brieuc, Benjamin Charrette, Juliane Choquette-Lelarge, Alexis Curodeau-Codère, Quentin Gagnon, Justine Le Minh Hien, Anne-Marie St-Louis
Préambule
Wajdi Mouawad veut replacer Sophocle au cœur du politique. La psychanalyse en s’appropriant le sujet a confisqué cette parole. Comment faire sortir Sophocle de la famille pour le remettre sur la place publique, au sein de la cité et faire surgir sa dimension politique ?Comme le dit la vieille grand-mère à sa petite fille dans Incendies de Wajdi Mouawad : « Apprends à lire, apprends à écrire, apprends à compter, apprends à parler. Apprends à penser. »
Comment faire rêver ces jeunes citoyens pour qu’ils puissent mesurer l’immensité du monde et ouvrir le champ des possibles. Qu’est-ce qu’un rêve qui s’ancre dans la réalité, qui agira comme un révélateur de leur personnalité ?
Le rêve premier : le voyage
Aller à la découverte du monde à travers quelques voyages symboliques ; des moments indispensables pour vivre une aventure commune.
1. Athènes / Le premier des voyages : Apprends à lire
Du 8 au 13 juillet 2011, ce voyage sera l’occasion pour les 5 groupes venus de Montréal, Mons, Namur, Nantes et La Réunion de se retrouver une première fois autour du projet « Avoir 20 ans » à l’occasion de la création du premier opus « Des Femmes ». Le traducteur Robert Davreu et le dramaturge François Ismert les conduiront dans ce berceau de l’histoire, pour comprendre et décrypter les sources de notre civilisation.
Rencontres principales
-inter-groupe le 8 après-midi (avec présentation : leur ville, leur groupe, eux-mêmes)
-Wajdi Mouawad
-François Ismert, conseiller artistique
-Robert Davreu traducteur de Sophocle
-équipe artistique des femmes
+ des personnalités grecques ?
-Des moments de discussion seront organisés pour permettre à chacun de s’exprimer, de confronter les points de vues et de mesurer comment cet héritage grec se retrouve dans chacune des réalités locales.
Visites
Ce voyage est conçu comme une incursion dans la civilisation grecque. Le poids de l’histoire y est palpable et permet de comprendre d’où nous venons.
-Visite de la ville d’Athènes et des lieux de mémoire : Acropole, Théâtres antiques - une occasion de parler de la civilisation grecque, du théâtre grec et d’aborder la question des transmissions et des héritages.
-Visite au port du Pirée : Qu’est ce que la méditerranée dans notre civilisation occidentale ?
-Visite à Marathon : Connue pour la bataille de Marathon qui impose la démocratie athénienne.
-Delphes : Visite du temple d’Apollon où la Pythie rendait ses oracles.
-Visite à Epidaure : Célèbre pour son théâtre qui servit de modèle aux théâtres grecs.
Spectacles
-Des Femmes : au théâtre Hérode Atticus
-Le 10 : un autre spectacle du festival d’Athènes
Sorties
-un après-midi plage
-un restaurant de fruits de mer
2. Lyon : apprends à écrire
Avec Natalie Zemon Davis, historienne, auteure du Retour de Martin Guerre, spécialiste notamment de la cause des femmes à la renaissance, les jeunes découvriront l’histoire du livre à travers celle d’une communauté d’imprimeurs protestants, les nombreux manuscrits présents à Lyon et les métiers qui s’y rapportent.
3. Auschwitz : apprends à compter
Les jeunes auront 18 ans au moment de ce voyage incontournable si on veut comprendre notre monde aujourd’hui, l’humanité ne pouvant jamais se départir de ce qu’il s’est passé là. Les chiffres y ont une signification toute particulière. Au passage à leur majorité, ils appréhenderont le rapport à la responsabilité.
4. Le monde arabe : Apprends à parler
Ce voyage se fera dans un pays où ils pourront se confronter à l’oralité, un facteur essentiel à la transmission. Le lieu dépendra de la conjoncture politique et des possibilités de voyage à cette période.
5. Apprends à penser
Offrant l’opportunité d’englober les expériences précédentes, le cinquième voyage devrait se dérouler en dehors des terres, idéalement la lune… Un équivalent est à trouver !
La confrontation au réel
1. Questionnaire
En dehors des voyages et du rêve, les jeunes se confronteront également au local et à leur environnement immédiat. Ils auront une question chaque mois qu’ils devront poser à quelques habitants de leur ville. Puis chaque année, ils poseront les mêmes questions, qu’ils comprendront différemment et auxquelles ils auront des réponses différentes.
Ils mesureront ainsi le rapport entre macro et le micro, comment leur environnement se situe par rapport au reste du monde. Comment ressentent-ils leur réalité locale ? Comment ne pas abandonner sa réalité, ne pas la renier? Comment la modifier ?
2. Visite
Lorsque le spectacle passera dans leur ville, ils devront aussi imaginer une visite intime de leur ville pour une partie de l’équipe artistique. Quels sont pour eux les endroits importants ? En quoi sont-ils symboliques ?
Qu’auront-ils appris ?
Quelles sont les traces que nous souhaiterions laisser au bout de ces cinq années ?
1. Comment construire sa bibliothèque intime ?
Ne pas en faire des collectionneurs d’ouvrages, mais leur permettre de disposer d’un certain nombre d’oeuvres écrites ou de films qui compteront pour eux, qui seront fondatrices.
2. Comment voyager ?
D’une manière à la fois pratique, c’est-à-dire comment faire sa valise ? Et métaphysique : Qu’avons-nous besoin… d’indispensable ?, leur offrir les occasions de s’interroger : Comment évoluons-nous au sein d’un groupe ? Qui sommes-nous ?
3. Comment baser la relation à l’autre ?
Leur apprendre la différence entre communiquer et communier.
Le projet aujourd’hui.
1. Créer un outil commun
Pour ces « digitals natives », Internet semble l’outil de travail le plus approprié. Nous travaillons à créer une véritable communauté virtuelle, une plateforme Internet dans toute son ampleur, avec des forums de discussion, des blogs, des téléconférences et des tchats. Ce sera le moyen idéal de rester en contact avec Wajdi Mouawad mais aussi d’échanger entre eux et de prolonger l’expérience auprès d’autres jeunes.
2. Constituer les groupes
La mixité sociale fut un critère important. Nous souhaitions que ces jeunes reflètent la diversité du territoire dont ils sont issus. La parité des garçons et des filles était un idéal, mais il n’était pas question de pénaliser personne sous ce prétexte.
L’appel de candidature leur a permis de se présenter comme il le souhaitait: texte, vidéo, chansons, collage, bande dessiné et peinture.
La première sélection a été constituée avec soin et selon des critères de sélection préétabli : La présentation, le contenu, la pertinence, la curiosité, l’ouverture, la détermination, la compréhension du projet et les attentes qui s’y rattache.
Une deuxième étape faite en entrevue, a permis aux jeunes de mieux se définir, de parler de leurs préoccupations, de leur milieu de vie, de leurs rêves et de leur intérêt pour le projet.
3. L’encadrement du projet et des jeunes.
Au niveau international, une coordonnatrice générale sera en fonction dès cet été. C’est Madame Chloé Colpé qui assurera ce poste depuis la France et son salaire sera assumé par l’Université de Louvain en Belgique.
Sur le plan national, chaque ville est responsable de sa coordination. Pour Montréal, Élise Fafard assume la fonction depuis la fin mars.
Enfin l’encadrement du groupe et sa dynamique sont des éléments délicats qui garantiront la réussite de ce projet. Le comédien, metteur en scène et auteur Félix Beaulieu-Duchesneau, était la personne désignée, grâce à son dynamisme sa maturité et ses compétences. Il aura donc la responsabilité du groupe de jeunes mais également du prolongement multimédia de l’opération et de l’encadrement de la communauté virtuelle. Avec le Théâtre du Nouveau Monde, qui est partenaire du projet, ils veilleront à l’éveil artistique des jeunes tout au long de ces cinq années en proposant des activités culturelles pertinentes.
4. Former des ambassadeurs
Les cinquante jeunes seront les ambassadeurs, les émissaires délégués par leurs camarades qu’ils représentent. Cette délégation aura un caractère très officiel. Ils endossent alors la responsabilité de transmettre à leur tour l’expérience qu’ils vivront. Bien au-delà d’un journal de bord, les jeunes inventeront de nouvelles transmissions. Ils trouveront des modes d’expression à faire partager au plus grand nombre. La Ville dans son ensemble pourra ainsi bénéficier de cette expérience.
5. Définir un cadre théorique
L’expérience sera suivie par un groupe de chercheurs de l’Université de Louvain, qui évalueront la pertinence de la méthode et permettront le cas échéant d’infléchir certaines orientations.
6. Restituer les traces
Pour Mons 2015, l’ensemble des documents multimédias deviendra une exposition nouveau genre, qui témoignera de cette quête initiatique que les jeunes auront accompli au cours de ces quatre années, en élaborant un véritable rite de passage du XXIe siècle.
Merci à tous nos généreux partenaires culturels !
L’Opéra de Montréal
Les Grands Ballets
Le Cirque Eloize
Sibyllines
Casteliers
Théâtre Qui va là
Danse Danse
Théâtre Néo-Futuriste

